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Commentaires sur le dernier paragraphe d’une interview d’Alpha Condé à France 24.

 

1) Alpha Condé : “Aujourd’hui, les guinéens doivent enfin pouvoir se regarder en face dans le miroir. Se regarder dans le miroir, c'est-à-dire nous accepter tel que nous sommes."

Commentaire #1 : Ces généralités ne doivent pas ignorer  que le seul miroir dont le peuple de Guinée a besoin c’est la restitution de  son histoire travestie. Il voudrait la version vraie, avec les faits non-tronqués, rien que les faits. Se regarder dans ce miroir de douleurs n’est pas chose facile. Mais c’est la condition pour que le  pays puisse s’engager  dans le balisage des sentiers des occasions perdues du passé et le tracé les chemins au delà des ravins de ce qu’il ne fallait pas faire. Nation en construction, la Guinée ne saurait réduire le processus de son devenir à une acceptation pure et simple de soi. L’image que renverrait le miroir brisé de  notre triste histoire ne sera supportable qu’avec la promesse d’une rédemption. Un chef digne de ce nom aurait cherché à incarner en lui ces aspirations diffuses des citoyens d’être autre chose que des bêtes bonnes à être insultées, des comploteurs à  effrayer, des citoyens à humilier et à affamer comme cela a été la cas jusque là par les  Néron locaux.   Si le chef s’avère incapables de porter ce rêve, de grâce qu’il nous épargne du slogan creux d’accepter tout bonnement ce que nous sommes, sans perspectives, sans espérances et sans même nous signifier ce que cela veut dire. Le vide ainsi promis  est plus désolant que les coups de boutoirs combinés de Sékou Touré, de Conté, de Daddis et de Konaté.

2) Alpha Condé : " En Guinée, il y a des aspects positifs, comme il y a des aspects négatifs. Donc on doit mettre sur la table, tous les actes commis. "

Commentaire #2 : Cet amalgame est dangereux! On ne peut pas mettre la solidarité et  la foi religieuse par exemple sur la même table que des pendaisons. Un seul crime impuni peut envenimer la cité pour des générations. On a besoin de sérier les faits avec des critères fondés sur des valeurs universellement acceptées. On ne peut continuer à jouer sur ce laxisme et cet exceptionnalisme  dangereux. Comme dans tous les pays où la vie est normale, les coupables doivent être sur  le banc des accusés ; s’ils sont convaincus, ils doivent être châtiés. Les victimes doivent être consolées par des mots qui rassérènent et des actes qui renouvellent leur foi en la cité. Les bonnes volontés (entrepreneurs, intellectuels, créateurs) sont à ménager avec attention et à courtiser avec assiduité. Les flagorneurs, les sans vergognes et les pécheurs en eau trouble doivent être mis au pilori et faire l’objet de la risée du public. Ils doivent être utilisés comme des repoussoirs pour apprendre aux enfants ce qu’il ne faut pas faire. C’est sur cette discrimination positive, basée sur  l’aune  de la justice que les sociétés évoluent, que les hommes s’amendent et s’améliorent. Les  insinuations qui feraient croire que les victimes sont des provocateurs ou des simples malchanceux qui étaient à la mauvaise place au mauvais moment sont contre-productives. L’affaire des droits de l'homme en Guinée n’est pas qu’un malentendu ou un amas d’actes fortuits (les uns négatifs et les autres positifs). Il est illusoire de croire qu’on peut les additionner pour former une somme, neutre ou égale à zéro,  sur laquelle on peut s’entendre.  Dans le bilan des droits de l’homme les  chiffres n’ont pas les mêmes valeurs, les colonnes où figurent les assassins et celles ou sont inscrits les  victimes ne s’équilibrent jamais.   

PS : Dit prosaïquement, si Alpha veut pardonner Daddis parce qu’il croit pouvoir ménager par ce biais le soutien de l’armée, point besoin de se refugier derrière des arguments fumeux.

3) Alpha Condé : "Moi je pense que nous devons prendre l’histoire de la Guinée dans son ensemble de 1958 à maintenant pour que les guinéens se réconcilient entre eux"

Commentaire #3 : Que l’on parte de 1958 est for louable. On devrait même dire de 1946 avec la  naissance du RDA et l’émergence du nationalisme africain. Mais ne serait-il pas judicieux de commencer par des événements plus récents ? A Siguiri, à Kouroussa, à Labé, à Dalaba ? Après tout, les faits sont encore frais dans les esprits. Les femmes violées sont encore là. Les violeurs sont encore là. Les instigateurs sont encore là. Les familles sont encore là. Dans le silence, l’amertume et la peur. A part  le désir (ou la complicité) du chef, tous les ingrédients d’une justice  sont là. Après cela on va étirer le cou vers les années sombres du passé.

Les Guinéens n’ont pas peur de cette quête  quoiqu’en disent les politiciens qui soufflent sur les cendres de l’ethnocentrisme  avec la peur de perdre leur fonds de commerce. Car après tout nous n’avons  aucune dent les uns contre les autres. Nous l’avons  maintes fois prouvé : en 2006, en 2007, en 2009 et  en 2010 pour ne pas remonter plus loin. Avec des politiciens de pacotille qui agitaient le spectre de la guerre civile pour masquer leurs carences, nous n’aurons manqué que de leaders pour changer nos douleurs en force.  

Pour tacler le problème de l'impunité il faudra bien s'attaquer à la gangrène qu'est l'armée. Quand on lui doit son pouvoir et qu'il faille la ménager en cas de troubles (fort probables), il est plus facile d’agiter la notion fourre-tout de réconciliation. La réconciliation sans justice n’est qu’un cimetière où gisent des culpabilités et des victimisations  collectives. Le concept entérine l’idée de haines opaques et fictives qui empêchent les citoyens moyens de pouvoir définir qui est l’ennemi réel. La réconciliation nationale  est un paravent piètre et une commodité précieuse pour les prédateurs et les tueurs. Elle désarme les bonnes volontés et désempare les déterminations d’en finir avec les crapules. Avec elle, l’ennemi se dilue derrière de notions insaisissables du genre  « les guinéens sont mauvais !», « tout le  monde vole ! », « tout le monde a participé à la déconfiture du pays ! »… Chacun y est appelé à battre sa coulpe,  sous la férule mensongère qui clame que la Guinée est une famille. Le  poison ainsi inoculé réduit des crimes imprescriptibles à des querelles anodines ou à un mal général  qui n’est plus un mal car tout le monde y aurait contribué et en aurait souffert. Le patchwork qui en découle n’a aucune valeur pertinente, même  pour conceptualiser les problèmes de la Guinée. Par contre, l’impunité qu’il voudrait masquer révèle sous tous les angles et avec ampleur le tragique parcours de la nation. La réconciliation nationale est un piège à cons; elle  cherche à invalider et à aliéner la quête indispensable de la justice. 

4) Alpha Condé : " Puisqu’il n’y a pas eu que le 28 septembre seulement. Le 28 septembre n’a enregistré au fait que des viols."

Commentaire #4 : Holà!  "Que des viols..." nous affirme en plein jour l’âme damnée qui ainsi s’exprime. Il y a ici mensonge et cynisme à dose égale. Pour pouvoir nier des assassinats, le milicien croit bon d’admettre la monstruosité des viols comme un fait bénin. Qu’avons-nous à l’œuvre ici ? Une tranquillité  terrifiante ou un négationnisme imbécile ? Une méconnaissance de nos traditions  de respect à la mère sacrée ? Ou s’agit-il d’un simple mépris de l’amour dû à nos sœurs?

 5) Alpha Condé : "Mais sinon il y a eu des problèmes plus sérieux en Guinée."

Commentaire #5 : Lesquels ? Est-on tenté de demander.  Les récents viols enlèvent à la Guinée le palmarès de pays avec une tradition établie d’enterrements des vivants et de morts des prisonniers par inanition, de pays corrompu (classé : 179  sur 183 sur le récent index du Doing-Business), de pays où il fait le moins bon vivre sur terre.

Désormais  nous sommes classés  sur la liste des nations sauvages  qui se sont dépouillées des restes de leur humanité, où les  des codes primitifs et des d’instincts débridés ont pris la direction des choses. Les viols publics par des forces de sécurité armées par la nation pour se prémunir de sa propre violence sont une forme ultime de perversion qui va bien au-delà du désir déjà monstrueux de bâillonner les concitoyens.  Cet assouvissement de pulsions primaires, porte atteinte aux fondements  de  l’être féminin. Il altère profondément les fonctions sacrées de mère des cités d’hier et de toujours, de gardienne des foyers et d’artisane irremplaçable dans  l’œuvre honorable de façonner les hommes.  Seule la pudeur traditionnelle empêche de le voir. Mais les blessures n’en sont pas moins béantes ; il faudra un effort particulier et beaucoup de temps pour les soigner.  Si tout ce qu’il avait fait pour être président présageait de l’homme, la désinvolture criminelle dont Alpha fait preuve au détour de cette phrase, appelle à une veillée d’armes des esprits contre les nouveaux maléfices qui planent sur  la nation.

6) Alpha Condé : " C’est dire que la justice guinéenne est entrain de s’occuper de tout cela. On verra bien, mais de toute façon, vous savez, je suis pour la Cour pénale internationale."

Commentaire #6 : On verra bien ! Quelle détermination !

7) Alpha Condé :  " Mais il y a un aspect quand même qui est choquant, c’est que la Cour ne s’en prend jusqu’à présent qu’aux Africains."

Commentaire #7: Faux. Et Milosevic? 

8)  Alpha Condé : "Or les crimes, ce n’est pas seulement en Afrique."

Commentaire #8 : Et revoilà la chanson favorite du roi-nègre, du voleur pris en flagrant délit qui croient que admettre que beaucoup d’autres que lui tuent ou volent rend ses crimes plus pardonnables.  

9) Alpha Condé : "On parle des pays de l’Europe de l’Est qui enregistrent des problèmes pires. Jusqu’à présent donc, on ne s’en prend seulement qu’aux pays africains."

Commentaire #9 : Soit Alpha se contredit ou, si  on suit son raisonnement, les pays de l'Europe de l'Est seraient africains.

 10) Alpha Condé : "Moi, je suis pour la Cour pénale internationale, c’est une grande avancée du droit international. Ça montre aux dictateurs qu’ils ne peuvent se soustraire, parce que je suis chez moi. Mais il faut que cela soit universel. Il faut que tous les pays comme les États-Unis acceptent de signer et que les citoyens américains soient soumis avec le droit international. Il faut que la justice soit dans l’unité. Donc pour tous."

Commentaire #10 : Ce n’est pas aux États-Unis qu’il y a eu des viols de femmes guinéennes, de destructions de maisons de guinéens, d’exécutions sommaires et de lynchages de guinéens.   Assortir les poursuites judiciaires  contre des criminels en liberté à Conakry à l’adhésion des États-Unis au CPI, n’est  qu’une tactique pour ne pas agir.  

 Les États-Unis ont le dos large et un sens aigu de leurs intérêts. Cela leur permet d’ignorer les admonitions de dictateurs africains, de pousser le dédain jusqu’au mépris et, en guise de reponse, de leur servir des dons alimentaires et des subsides financiers.

Ourouro Bah

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