Partager l'article ! Conférence : pour le désenclavement et le développement économique de Télimélé: A l’initiative de l’Association des Jeunes ...
A l’initiative de l’Association des Jeunes Ressortissants et sympathisants de Télimélé en France (AJRAFT), a été organisé le 8 octobre, une conférence sur leur Préfecture, à Bastille, Paris. Monsieur DOUMBOYA, Président de l’Association, après avoir souhaité la bienvenue aux conférenciers et à l’assistance, a expliqué les raisons de l’organisation de cette conférence qui vise à susciter le débat et la mobilisation en vue du désenclavement de la Préfecture.
I-Histoire : Télimélé genèse et sanctuaire du Fouta Djalôô
Pour l’historien le Docteur Alpha Mohamed Loppé SOW, Télimélé abrite la capitale originelle du Fouta Djallon. En effet une de ses localités, Guemé Sagan (sous préfecture de Sinta) fut la capitale du premier fondateur païen du Fouta Djalôô, Koly Tinguela au 15ème siècle (1480).
La Préfecture sanctuarise un autre secret caractéristique des Peuls, celui de la vache, de l’élevage à Bowé Guémé.
Il est regrettable aujourd’hui que ce rôle fondateur soit occulté et ignoré dans l’histoire du Fouta. Monsieur SOW mise sur le développement du tourisme et propose l’élaboration d’une banque de données sur l’histoire de Télimélé et la création d’un musée.
II-Télimélé : grand carrefour entre la Guinée maritime et la moyenne Guinée et importantes ressources hydrauliques
La préfecture de Télimélé est située à 135 km au nord de la région administrative de Kindia et à 270 km de la capitale Conakry. Elle a une superficie de 9000 km2 et une population de 365 000 habitants environ. Elle est entourée de huit autres préfectures.
Au lieu d’être bénéfique, cette situation de préfecture charnière, se traduit par son isolement. Ainsi elle se trouve écartée d’importants projets de développement destinés à la Guinée maritime ou à la moyenne Guinée.
Pour votre dévouée HB, l’eau constitue l’une des principales richesses de Télimélé. En effet la préfecture recèle d’importants cours d’eau. Elle dispose de deux bassins versants : celui de la Fatala à l’Ouest et celui de Konkouré à l’Est. Ses principaux cours d’eau sont ainsi le Fatala, le Konkouré, le Cogon, le Tinguilinka etc. Elle a d’importantes rivières comme Samankou, la Kakrima, la Dolonki, la bakolo etc.
Cette importante ressource d’eau lui confère une potentialité énergétique et agricole.
Malgré cette potentialité, Télimélé ne possède que deux sources d’énergie électrique de faible capacité : une petite centrale thermique diesel d’une centaine de kilowatts à Mendia et un micro barrage hydroélectrique de 240 kilowatts à Samakou. Le courant fourni est de faible qualité. L’énergie électrique est pourtant indispensable à tout développement industriel.
Au niveau de la faune et de la flore, Télimélé comprend des forêts claires et des forêts galeries le long des cours d’eau et des savanes boisées. Elle produit des arbres fruitiers comme les manguiers, les agrumes, les pruniers de Guinée (Koura en pular), des plantes d’exportation comme les palmiers à huile, les caféiers, les anacardiers, kolatiers etc. Télimélé produit également des céréales (riz, fonio, mais, sorgho, mil), des oléagineux (arachides), des tubercules (manioc, patate douce etc.), des cultures maraîchères.
Les sols ferralitiques sont peu propices à l’agriculture, mais les zones favorables à l’agriculture sont celles, limoneuses des bas fonds, vallées et vallons qui longent les cours d’eau comme Bagué, Hérico, Cogon dans Sokoliba, Kobalawol et Hobere dans Nyabeli, Mangol, Andi Yari, barkere, Kolly etc à Télimélé ville, Megnere, fanta etc. Ses sols sont peu aménagés.
Des aménagements hydro agricoles sont progressivement réalisés et ne peuvent qu’être bénéfiques.
Des gisements miniers endormis
Télimélé regorge de blocs de grès très utile dans la construction (Monts Dantéguè dans Fanta, la monticule de Tourtéguémè dans Sokoliba) ainsi que de l’argile.
La Préfecturecomprendrait des mines de bauxite mais il n’y a pas de politique cohérente dans ce domaine comme le montre les octrois et les annulations successifs des permis de recherche accordés à des entreprises minières. Ainsi, en juin 2010, le ministre des mines et de la Géologie a annulé un permis de recherche octroyé à la société Helalin qui explorait la bauxite à Fria et Télimélé depuis octobre 2008. En 2005, déjà, le gouvernement avait conclu une convention de base avec la société grecque Third Party Logistics (3PL) Trade SA sur de vastes gisements de bauxite de Télimélé et Fria pour la construction et l’exploitation d’une mine de bauxite de 7 millions de tonnes par an et d’une usine d’alumine à capacité modulaire de 700 000 tonnes puis 1,4 millions de tonnes d’alumine.
Une étude de projet de la Banque mondiale avait également fait état de la présence de bauxite à Sampiri, Manga et Sodiaré.
La préfecture de Télimélé serait aussi riche en fer. Un levé géologique au 1/200 000 de la feuille de Télimélé a révélé la présence d’une quantité pouvant atteindre 700 millions de tonnes de réserve de minerai pouvant contenir 40 à 57% de fer.
Elle regorgerait également du gaz et du pétrole selon des travaux menés par la recherche pétrolière sur le continent en 1959. La compagnie française du pétrole (CFP) avait effectué des études en Guinée dans le but d’établir une stratigraphie des zones de Mali, Pita et Télimélé.
Des potentiels touristiques ignorés
Télimélé abrite Gueme Sagan et de Pété Bonoodji, des sites symboliques des vestiges de l’Etat païen peul construit par Koly Tinguela. La préfecture recèle d'importants sites touristiques mais malheureusement non mis en valeur comme les chutes de Souapiti (dans la CRD de Kollet), les cols de Loubha et la pâlge de Kaaba (dans la CRD de Gougoudié), La grotte de Guèmè Sangan etc.
La Préfecture a aussi dans sa faune, des animaux comme des singes rouges et noirs, de chimpanzés des phacochères etc.
L’artisanat très riche n’est pas suffisamment mis en valeur au niveau local, national et encore moins international.
Ressources humaines
La population est essentiellement agricole. Le secteur tertiaire peu développé est dominé par les commerçants. La défectuosité des infrastructures routières est un frein à l’existence d’un marché interne, régional voire international. L’enclavement et l’absence de mise en valeur des ressources ont favorisé le phénomène migratoire. Les hommes ne représentent que 40%, les femmes 60%. Il y a un déficit d’hommes adultes. Les résidants sont surtout constitués de femmes et des enfants en bas âge. Télimélé a ainsi une faible densité avec 25 habitants/kilomètres carré. Les habitants migrent vers la capitale, les villes minières proches comme Fria, Kamsar, Sangaredi et l’étranger.
III-Projets agricoles et hydrauliques
Monsieur Jean Pierre LEBOUTEILLER de l’Association Normandie Guinée (ANG) a fait part de son expérience et ses projets pour Télimélé.
Il a présenté son projet d’amélioration de la production agricole. Il mise sur le maraîchage et compte favoriser l’irrigation en réalisant des micro-barrages, apporter des semences maraichères et son expertise dans l’organisation de la commercialisation. Il prévoit la structuration des organisations paysannes en insistant sur la professionnalisation à travers des formations et sur la participation des femmes dans les comités de gestion. Son projet de maraîchage pour Télimélé pour 2010-2011 porte sur 22 hectares à valoriser à Koussi et Sinta et un quartier de Télimélé ville, Ley Wendou.
Ses projets s’appuient sur les ressources locales. Il projette la création d’une fédération de maraichers de Télimélé, Gaoual et Koundara.
Un autre volet du projet de l’Association Normandie Guinée concerne l’amélioration de l’accès à l’eau Potable. Citant la loi Oudin Santini qui consacre 1% de la facture d’eau à la coopération internationale, elle a obtenu en juillet 2011 un financement pour l’eau potable à Télimélé. Ce projet va concerner Souloudji, Kolly et Barkeré. A Barkéré sera réalisé un château d’eau.
Il a souligné qu’un château d’eau existe à l’hôpital mais le centre hospitalier de Télimélé n’a plus d’eau potable et les latrines ne sont plus fonctionnelles.
Si ce projet d’eau pilote réussit, l’Agence de l’Eau de Paris est prête à financer l’adduction d’eau de tout Télimélé.
Il faut une implication des élus dans la gestion des installations, ainsi que celle des associations des usagers.
IV-Education, santé et infrastructures
Le Docteur Idrissa BARRY a traité de l’éducation, de la santé et des infrastructures.
Télimélé dispose d’une direction préfectorale de l’éducation. La préfecture a connu des améliorations dans la scolarisation, notamment celle de la jeune fille, avec l’appui de l’ONG française Aide et Action. Télimélé compte 24 écoles primaires dont une privée. Cependant la commune ne dispose que de deux collèges (Kolly et Dara) de 1800 élèves et d’un seul lycée préfectoral, ce qui est un grand handicap pour les jeunes qui doivent effectuer des dizaines de kilomètres de marche.
L’AJRAFT apporte sa contribution dans le domaine de l’éducation en dotant les élèves de fournitures scolaires et engageant des enseignants pour remplacer ceux qui ont déserté leurs postes en livrant les élèves à eux-mêmes, ou pour donner des cours de soutien.
Sur le plan de la santé, Télimélé a une Direction préfectorale de la santé. Il n’y a qu’un seul hôpital qui a été rénové grâce à un financement de l’Union européenne en 2008. Mais il manque d’équipements médicaux et la faiblesse du courant électrique endommage le peu d’équipement restant. Un centre de santé assure un programme de vaccination et des soins de santé primaires.
Télimélé souffre aussi de personnel dans ces deux domaines primordiaux. Les agents qui y sont affectés rejoignent rarement leurs postes.
Les infrastructures routières sont en très mauvais état et la dégradation s’accentue pendant l’hivernage. Les principaux axes sont trois routes latéritiques en très mauvais état, pourtant classés routes nationales :
1-la nationale 24 reliant Kindia et Gaoual
2-la Nationale 22, qui mène à Boké,
3-la Nationale 21 presqu’impraticable qui va à Fria.
Le pont Konkouré construit sous la colonisation commence à donner des signes d’usure. Télimélé peut également pâtir de la construction du barrage hydro-électrique de Souapiti sur le fleuve Konkouré en aggravant son enclavement.
Tous les intervenants ont souligné le rôle que peut jouer la diaspora dans le développement de Télimélé. Elle peut contribuer à faire évoluer les mentalités en expliquant le bien fondé des projets. Elle peut monter et réaliser des projets en sollicitant des financements. Elle doit également s’impliquer dans le suivi des projets afin d’éviter certains dysfonctionnements ou des gâchis constatés dans le passé.
Après les conférenciers, le Chargé des affaires de l’Ambassade de Guinée en France, François SOUMAH a souligné l’importance du développement du terroir et d’un cadre juridique pour sécuriser les projets.
D’autres intervenants ont enrichi le débat. Ainsi Mme BAH, originaire de Koussi, a exprimé son émotion de voir son village bénéficier de réalisations. Elle a exprimé certaines incompréhensions qu’elle a pu constater lors de son voyage l’été dernier à Télimélé où son association construit un collège de quatre classes. Elle a ainsi été interpellée par certains de ses concitoyens, qui en raison de certaines craintes, n’ont pas voulu signer des engagements qui faciliteraient l’aménagement des bas fonds. Mais ces personnes, après réflexion, se sont demandées si elles n’avaient pas eu tord. Ce qui démontre la nécessité d’une bonne explication aux populations qui, de prime abord, peuvent se montrer réfractaires ou sceptiques.
Monsieur Mohamed SAMPIL a expliqué que certains problèmes constatés à Télimélé, s’observent dans de nombreuses autres localités guinéennes, ce qui est regrettable. Donnant l’exemple de certains projets avortés ou inadéquats à Boké et ailleurs, il a déploré que des projets soient réalisés en Guinée sans étude préalable.
Hassatou Baldé
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