Partager l'article ! En France le discours politique s’est construit sur les Noirs en fonction des intérêts…: |..]L’instrumentalisation. C ...
|..]L’instrumentalisation. C’est nous qui définissons - quand je dis nous, nous le « grand blanc », le « penseur de la nation » qui définit la place de cet autre, Noir, dans la société française. Et pourtant derrière ça, il y a un paradoxe français. C’est que nous sommes le premier pays à donner un prix Goncourt à un René Maran, en 1921 [écrivain d’origine guyanaise]. C’est le premier pays au monde, un pays européen, qui dans une équipe de foot fait jouer un joueur noir, avec Raoul Diagne en 1931.
Nous sommes le premier pays au monde qui a élu dans un pays occidental un député noir, Blaise Diagne, en 1914. La France est en même temps un pays totalement paradoxal parce qu’elle a tout ce qu’on vient de dire là et, en même temps, elle a certainement inventé, avant tous les autres, la notion de société métisse. On a du mal à le comprendre aujourd’hui, mais quand on travaille sur le temps court, on trouve que les dix dernières années ont été plutôt dures. Mais si vous travaillez sur trois siècles, vous ne regardez plus les choses de la même manière.
Napoléon expulsait déjà des Noirs en 1802. Donc vous voyez que ce n’est pas neuf. Charles Pasqua n’a rien inventé avec ses 101 Maliens. Monsieur Hortefeux n’a rien inventé non plus, ni Monsieur Guéant. Cela fait deux siècles qu’il y a des flux et des reflux. Mais dans cette histoire-là, il y a des tensions, il y a des acceptations, des histoires d’amour aussi. Il y a des moments incroyables.
Quand on pense qu’au début du siècle, tous les artistes noirs américains, les sportifs noirs américains, sont en France. Et la France est perçue comme la seconde nation des Noirs. Ce pays est totalement paradoxal. Nous sommes le seul pays au monde à avoir cette histoire qui fait que négrophilie et négrophobie pouvaient fonctionner en même temps, voire en concomitance, voire des fois même s’entremêler. Et cette histoire, elle est unique. C’est peut-être le point le plus positif. On n’a pas besoin nous d’inventer un modèle. On l’a déjà inventé il y a un siècle.[..]
Extrait d'Interview de Pascal BLANCHARD
Auteur du livre "La France noire" Editions de La Découverte
http://www.rfi.fr/france/20111107-interview-pascal-blanchard-auteur-france-noire
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