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Nous avons suivi avec intérêt la conférence de presse  animé par l’opposition guinéenne (le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès) hier mercredi 13 juin 2012, à Conakry. Cette conférence de presse fait suite à des événements très graves en Guinée:

Détournements de fonds publics, bradage du patrimoine national à vil prix, prise de crédits personnels du président Alpha Condé sous la couverture et au détriment de l’Etat, limogeage et remplacement des magistrats de la cour suprême, séquestrations et condamnations des militants de l’opposition suite à une manifestation pacifique autorisée etc.

Chacun de ces faits est une violation de la constitution (Lire 1, 2).

En ce qui concerne les 25 millions de dollars, il y a un triple crime anticonstitutionnel commis par le chef de l’Etat:

- Prise de crédit au nom de l’Etat sans consulter ni même informer l’institution qui tient lieu de Parlement (CNT).

- Manœuvre d’enrichissement personnel sur le dos de l’Etat en violation de l’article 39 de la Constitution.

- Bradage du patrimoine minier guinéen en secret.

Ces révélations du journal britannique The Sunday Times ne concernent que l’Afrique du Sud. Selon nos informations, également à la disposition de l’opposition, Alpha Condé a fait un deal similaire à Dubaï aussi. Pourquoi l’opposition n’en parle pas?

Selon l’article 149 de la Constitution, « Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l'Etat, ceux qui modifient les dispositions de nature législative, ceux qui sont relatifs à l'état des personnes, ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés que par une loi ».

Donc pour ces engagements, l’approbation ou l’autorisation de ratification du CNT ou de l’Assemblée Nationale est obligatoire. Ce qui n’a pas été le cas.

La cour suprême est l’instance de recours final contre le chef de l’Etat et le gouvernement, même en cas de décision du Parlement (l’article 113 de la Constitution). C’est pourquoi les membres de cette institution ont une protection constitutionnelle qui leur permet de faire correctement leur travail, sans avoir peur d’être limogés ou arrêtés par quiconque par abus de pouvoir. Après des élections, c’est auprès de cette cour que les partis politiques peuvent faire recours. L’opposition a donc tout intérêt à veiller au respect de cette institution et à l’indépendance de ses membres.

Depuis quelques jours, Alpha Condé s’emploie à recomposer la cour suprême en limogeant certains pour y nommer ses proches en violation de la Constitution.

Nous prévenons l’opposition qu’en laissant Alpha Condé violer l’indépendance de la cour suprême et la mettre sous les commandes de la présidence, elle creuse le piège dans lequel elle va tomber très bientôt. Car, pour obtenir leurs droits, les partis ou le CNT sont obligés de se référer à cette Institution dont la décision est sans appel.

Tous ces faits énumérés sont des raisons suffisantes pour prendre ce régime au sérieux et utiliser tous les moyens possibles pour mettre fin aux manœuvres dangereuses et calculées d’Alpha Condé. Malheureusement, au lieu de se joindre à la NGR et à la GECI pour saisir le CNT contre le pouvoir, l’opposition se contente de lire des informations que tout le monde sait déjà et s’en prend plutôt au CNT, comme s’ils ont peur d’Alpha Condé. Sidiya Touré, un des leaders du Collectif /ADP:

« Je suis pour la suppression du Conseil National de la Transition » (Lire).

C’est un pas dans la mauvaise direction. C’est se tromper gravement de cible !

L’article 157de la Constitution stipule: « Le Conseil National de la Transition assumera toutes les fonctions législatives définies par la présente Constitution jusqu’à l’installation de l’Assemblée Nationale ».

Sidiya Touré ignore-t-il cet article ou bien il préconise la violation de la Constitution ?

L’opposition guinéenne n’a jamais lutté concrètement pour le respect de la Constitution.

C’est l’opposition guinéenne qui a accepté qu’Alpha Condé viole la constitution en n’organisant pas les élections législatives dans le délai constitutionnel des 6 mois.Elle est en train de fermer les yeux sur la subordination de la Cour suprême à la Présidence de la République avant les législatives. Ce qui est plus grave que le contrôle de la CENI par le pouvoir. En effet, comme on l'a vécu en 1993, une telle Cour Suprême peut donner au parti au pouvoir ce que même la CENI ne lui a pas accordé.

De par son inconsistance et son irresponsabilité, l'opposition guinéenne est même devenue une source de recette pour le pouvoir: elle invite les gens à manifester pacifiquement. Ses militants se font tabasser, incarcérer, torturer, tuer ou condamner à des peines de prison et à payer des amendes. Pendant ce temps, elle fait pause et observe. Puis elle recommence sans exiger des sanctions politiques contre les responsables et les donneurs d’ordre pour les abus enregistrés.

Le CNT ne peut pas se substituer aux partis politiques.

Même dans les plus grandes démocraties du monde, le Président du parlement est appelé à être neutre et ne pas jouer le rôle d’un leader politique. En cas de problème, même flagrant, ce sont les partis d’opposition ou leurs représentants au Parlement qui saisissent l’institution contre le pouvoir. Cela conduit le plus souvent à la création d’une commission parlementaire neutre pour enquêter sur le cas et rendre compte à l’institution. C’est sur la base des conclusions de cette enquête que le Président du Parlement et son institution prendront officiellement position pour trancher.

Si donc l’opposition est incapable d’amener ses partisans dans le CNT à faire leur travail ou à saisir elle-même officiellement le CNT, elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même.

Par ailleurs, nous savons que pour le cas de la CENI, le CNT avait fait un travail excellent qui préconisait la recomposition intégrale de l’institution. Son adoption aurait eu pour première conséquence, la dissolution de la CENI actuelle. L’opposition s’était alliée au pouvoir pour rejeter ce travail du CNT en préférant la voie du consensus avec le pouvoir sur la question de la CENI. On connait la suite.

Nous invitons donc le Collectif / ADP à renforcer les démarches de la NGR et de la GECI pour amener le CNT à statuer sur ces cas urgents et d’une importance nationale. Si cette institution ne donne pas suite à une telle demande, alors l’opposition aurait raison de lui renier sa légitimité, avec le soutien de tout le peuple.

Sadio BARRY_GUINEEPRESSE.INFO

Par Sadio BARRY - Publié dans : Politique
Vendredi 15 juin 2012 5 15 /06 /Juin /2012 09:38

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