Partager l'article ! Il nous prend vraiment pour des zinzins: Somparé, dans sa dernière sortie médiatique se prend pour le preux chevalier redresseur de tort ...
Somparé, dans sa dernière sortie médiatique se prend pour le preux chevalier redresseur de torts subis par les Guinéens.
Pour lui, Lamine Sidimé est l’unique responsable de la non constatation de la vacance du pouvoir en Guinée, après la mort de Conté « Le Président sentant sa mort, avait dit à son médecin personnel que s’il meurt, de m’informer en premier. Le Président a rendu l’âme aux environs de 18 heures. Et à 20 heures, son médecin m’a informé… J’ai appelé le Premier ministre d’alors M. Souaré. J’ai appelé le chef d’Etat Major de l’armée le Général Diarra Camara. Pour annoncer le décès du Président aux Guinéens. Ce qui nous a amené à passer l’information à 2 heures du matin, c’est le fait que le Président de la Cour Suprême Me Lamine Sidimé était introuvable. »
Il soutient mordicus que ce n’était pas à lui de proclamer la vacance du pouvoir. « Ce que vous ne savez pas, en tant que Président de l’Assemblée nationale et conformément à l’article 34 qui dit que la vacance du pouvoir ne peut être constatée qu’en cas d’empêchement définitif, je ne pouvais donc pas proclamer la vacance du pouvoir. On aurait dit que j’ai fait un coup d’Etat civil…C’est le Président de la Cour Suprême qui devrait le faire. Il ne l’a pas fait. (…) »
En droit, on dit que nul ne peut se targuer de sa propre turpitude ce qui signifie qu’on ne peut pas invoquer ses propres fautes, ses propres manquements pour faire prévaloir un droit en sa faveur. Soit l’ancien Président du Parlement est de mauvaise foi, soit il ne connaissait pas la Constitution, notamment son article 34. Dans les deux cas, il s’agit d’une faute grave qu’il est difficile de pardonner à un Président de Parlement.
En effet l’article 34 de la Loi fondamentale dans son deuxième paragraphe énonce que « La vacance est constatée par la Cour Suprême, saisie par le Président de l'Assemblée nationale ou, en cas d'empêchement de celui-ci, par l'un de ses vice-présidents ». Ce qui signifie que c’est bien lui Somparé qui devait saisir la Cour suprême. En quoi informer la Cour suprême de la vacance du pouvoir aurait fait de lui l’auteur d’un coup d’état civil ?
Somparé qui croît encore pouvoir jouer un rôle politique s’enfonce dans des explications peu convaincantes pour se donner le bon et beau rôle. Ainsi il laisse entendre qu’en 2007, on l’aurait déjà empêché de constater la vacance du pouvoir en indexant encore une fois Lamine Sidimé.
Il est indéniable que Lamine Sidimé a une très grande part de responsabilité dans la dérive totalitaire de Lansana Conté. Il est l’un des rédacteurs de la Loi fondamentale qui a favorisé la concentration des pouvoirs aux mains de Lansana Conté. Il a été premier Ministre et Président de la Cour suprême et n’a pas hésité à violer la Constitution en cumulant les deux fonctions au mépris de la séparation des pouvoirs.
Mais si Lamine Sidimé est la cheville ouvrière du système institutionnel Conté, Aboubacar Somparé lui en est le maestro.
Décidément, il a la mémoire courte ou bien il joue à l’amnésique. Se rappelle-t-il l’année 2001 ? Lui Aboubacar Somparé était à la tête du parti de l’Unité et du Progrès (PUP), le même que Lansana Conté. Il en avait le contrôle comme il le laisse lui-même entendre en réglant des comtes personnels avec son prédécesseur Boubacar Biro Diallo et l’ancien premier Ministre Sidya Touré.
En 2001 Somparé est à la tête du PUP. Il aurait été le candidat naturel de ce parti pour continuer le programme politique de Lansana Conté. Mais que nous a-t-il servi ? Un jour il invente une histoire où les femmes de Kankan auraient demandé qu’on modifie la Constitution pour que Lansana Conté puisse continuer son œuvre. Et quel œuvre ? Il s’agit de poursuivre son discours programme de 1985. Donc Somparé, au lieu de tout faire pour succéder à son Seigneur et Maître Lansana Conté aux présidentielle de 2003, a préféré prendre toute la Guinée en otage en nous imposant une modification de la Loi fondamentale. Sa réforme constitutionnelle ayant échoué par voie parlementaire, il a réussi le tour de force de nous imposer un référendum organisé en un mois. La suite, nous la connaissons. Lansana Conté malade, qui ne s’occupait déjà plus de la gestion de l’Etat sera le candidat du PUP aux Présidentielles de 2003. Il se paiera le luxe de ne pas faire campagne, même une seule fois, « Paradis Fodé » s’en chargeant à sa place et comble de l’ironie, c’est le bureau de vote qui ira à sa rencontre dans son véhicule le jour des élections. Somparé lui était déjà incapable de constater la vacance de pouvoir qui était déjà flagrante.
C’est dommage que dans cette interview Aboubacar Somparé n’explique pas pourquoi il ne s’est pas battu pour succéder à Conté pour poursuivre son programme au lieu de nous l’imposer ?
En réalité, Somparé avait une tactique. Il voulait succéder à Conté à la manière de Konan Bédié. C'est-à-dire devenir président de l’Assemblée nationale et à l’annonce du décès de Conté, prendre la tête de l’Etat et organiser des élections à sa mesure. Son scénario a failli réussir, mais, son plan s’est effondré à la dernière seconde.
Quand cet ancien agent de Ahmed Sékou Touré et principal socle du régime Lansana Conté se congratule aujourd’hui en disant que « Je suis un patriote qui aime son pays. Et qui a loyalement servi son pays », on se dit que ce n’est qu’en Guinée où l’histoire a été supprimée au profit de l’amnésie collective, que n’importe quel démon peut se venter d’être un ange et se permettre de présenter n’importe quel cauchemar en un rêve féerique.
Hassatou Baldé, Docteur en Droit, Paris.
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